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Guyane - Mariepasoula

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DécouVRE le dossier 

Un PDF qui rassemble croquis et photo du chantier,

à l'origine fait pour les investisseurs des compagnons Batisseurs

Lorsque les Compagnons Bâtisseurs nous ont proposé de repartir pour une nouvelle mission, je ne savais pas encore que ce voyage allait profondément bouleverser ma manière de voir le monde.

Après le Maroc, nous étions cette fois six jeunes femmes à prendre la direction de la Guyane française. Notre destination : Maripasoula, un village isolé situé à la frontière du Suriname, au cœur de l'Amazonie. Rien que le trajet annonçait déjà une aventure hors du commun.

Pour rejoindre Maripasoula, un petit avion était indispensable. Mais une fois arrivées à l'aéroport, les mauvaises nouvelles se sont enchaînées. Les vols étaient annulés, puis reportés. Pendant deux jours, nous avons attendu sans savoir si nous pourrions réellement partir. L'autre possibilité était de rejoindre le village en près de douze heures de pirogue en remontant le fleuve.

 

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Finalement, nous avons embarqué dans un minuscule avion. En regardant par le hublot, les routes disparaissaient peu à peu pour laisser place à une immensité verte. Une forêt dense, presque infinie, s'étendait à perte de vue.

À cet instant, j'ai compris que nous allions vivre dans un endroit totalement différent de tout ce que je connaissais.À notre arrivée, le contraste était saisissant. Maripasoula est officiellement un village français, mais les repères auxquels nous étions habituées semblaient avoir disparu. Ici, tout était dicté par le fleuve, la forêt et le climat tropical.

Notre mission consistait à participer à un chantier de rénovation écologique en collaboration avec un architecte et plusieurs jeunes du village. Les équipes devaient construire des bâtiments mieux adaptés à l'humidité permanente et à la chaleur de l'Amazonie.

L'objectif était notamment de promouvoir des solutions comme les toitures végétalisées afin d'éviter que les habitations ne deviennent de véritables fours sous le soleil.

Mon rôle était différent. Je n'étais pas affectée directement à la construction.

En tant qu'artiste, je devais raconter cette aventure.

Pendant toute la mission, je réalisais des photographies, des croquis, des illustrations et un carnet de voyage destinés à témoigner du projet.

À notre retour, ce travail permettrait de présenter l'expérience aux partenaires qui avaient soutenu son financement.

 Vivre au rythme du village et de la jungle 

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Pendant deux semaines, Maripasoula est devenue notre maison.

Nous étions accueillies par une famille locale et dormions dans une petite cabane ouverte, composée de quelques poteaux, d'un toit et d'une simple dalle en béton. Nos hamacs, protégés par des moustiquaires, remplaçaient les lits auxquels nous étions habituées. Chaque soir, nous nous endormions au son de la forêt tropicale, bercées par une chaleur humide omniprésente.

La famille qui nous hébergeait possédait un magnifique verger de fruits exotiques. Chaque matin, nous commencions la journée par un jus de fruits fraîchement préparé, un petit rituel devenu l'un de mes souvenirs les plus précieux. Les repas étaient pris chez une autre famille partenaire des Compagnons Bâtisseurs, où nous découvrions peu à peu les saveurs et le quotidien de la vie guyanaise.

Très rapidement, nous avons trouvé notre rythme. Les journées s'organisaient entre les repas, le chantier, les échanges avec les habitants et les soirées passées à discuter toutes les six. Malgré l'isolement de Maripasoula, une routine s'est installée, simple et apaisante.

C'est dans ce quotidien que j'ai commencé à observer les nombreuses réalités qui composent ce territoire. Derrière la beauté de l'Amazonie se cachaient aussi des contrastes et des questionnements que je n'avais jamais rencontrés auparavant.

Plus les jours passaient, plus je comprenais que ce voyage allait bien au-delà d'un simple chantier humanitaire.

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Chaque matin, nous retrouvions le chantier avec un objectif commun : participer à la rénovation de plusieurs habitations aux côtés d'un architecte et de jeunes de Maripasoula. L'idée n'était pas seulement de construire, mais de proposer des solutions adaptées au climat amazonien. La chaleur, l'humidité permanente et les fortes pluies demandaient une manière de construire bien différente de celle que nous connaissions en métropole.

Les équipes réalisaient les travaux de maçonnerie et de béton, tout en réfléchissant à des aménagements plus écologiques. Nous défendions notamment l'idée de toitures végétalisées, capables d'apporter davantage de fraîcheur dans les maisons et d'offrir un habitat plus adapté à l'environnement.

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De mon côté, ma mission était différente.

Je n'étais pas là pour construire les murs, mais pour raconter leur histoire. Tout au long du séjour, je photographiais le chantier, réalisais des dessins et remplissais mon carnet de voyage. Mon travail consistait à témoigner de cette expérience afin de créer, à notre retour, un dossier illustré destiné aux partenaires qui avaient financé le projet. C'était une manière de montrer concrètement ce que leur soutien avait permis de réaliser.

 

 

Très vite, pourtant, je me suis rendu compte que la réalité était bien plus complexe que ce que j'avais imaginé.

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Je pensais que chacun accueillerait avec enthousiasme ce projet de rénovation.

Pourtant, plusieurs habitants aspiraient à un tout autre modèle d'habitat. Beaucoup rêvaient de maisons semblables à celles que l'on trouve en métropole, perçues comme un symbole de modernité et de réussite. De notre côté, nous cherchions au contraire à imaginer des constructions mieux adaptées au climat amazonien.

Ce contraste m'a profondément interrogée. Nous étions venues avec la conviction d'apporter des solutions utiles, mais je comprenais peu à peu qu'un projet ne peut fonctionner que s'il répond aussi aux envies et aux aspirations des personnes qui y vivent. Cette réflexion a été l'une des premières à faire évoluer mon regard sur l'engagement humanitaire.

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L'avion vers Maripasoula

Illustration de timbre

Les relations avec les jeunes du chantier ont également été très différentes de celles que j'avais connues au Maroc. Là-bas, les liens s'étaient créés presque immédiatement. À Maripasoula, la confiance était plus difficile à construire. Nous échangions peu, et en tant que six jeunes femmes présentes sur un chantier, nous avions parfois le sentiment que notre place était remise en question. Les jeunes avec lesquels nous travaillions étaient souvent très réservés et nous adressaient peu la parole.

Au début, cette distance m'a beaucoup déstabilisée.

Puis j'ai compris que chaque territoire possède sa propre histoire, ses propres codes et sa manière d'accueillir les personnes venues d'ailleurs. Cette expérience m'a appris que l'on ne peut pas comparer deux missions humanitaires.

 

Chaque rencontre est différente, et il faut parfois accepter de ne pas créer les liens que l'on espérait.

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Une terre de contrastes

Au fil des jours, je découvrais une Guyane très différente de l'image que je m'en étais faite avant de partir.

Certaines scènes m'ont profondément marquée. J'ai vu un jeune singe maintenu en captivité, une image qui m'a bouleversée et qui m'a fait réfléchir à notre rapport aux animaux selon les cultures et les contextes de vie.

J'ai également été frappée par les contrastes du quotidien. Certaines familles vivaient dans des habitations très modestes, parfois avec très peu de mobilier, tout en possédant un grand écran de télévision, Netflix ou le dernier smartphone. À travers mon regard européen, ces priorités me semblaient paradoxales. Avec le recul, je comprends surtout qu'elles traduisaient des aspirations différentes des miennes.

Cette réflexion s'est poursuivie sur le chantier. Beaucoup de jeunes rêvaient de quitter Maripasoula pour vivre à Paris, tandis que nous étions venus chercher l'inverse : une vie plus proche de la nature. Je me souviens aussi d'avoir été surprise de rencontrer des jeunes de mon âge qui connaissaient finalement très peu la forêt amazonienne qui les entourait, alors que, de notre côté, nous étions fascinées par chacun de ses secrets.

Maripasoula est également un territoire marqué par sa proximité avec le Suriname et par les conséquences de l'orpaillage illégal. Au cours de notre séjour, nous avons rencontré plusieurs militaires français engagés dans cette mission. En échangeant avec eux et avec les habitants, j'ai découvert une réalité dont je n'avais jamais entendu parler : un territoire traversé par des tensions permanentes entre la protection de la forêt, les activités illégales et la vie quotidienne de ses habitants.

Accompagnés par des locaux, nous avons également traversé une zone frontalière située sur le fleuve. Ce village flottant, construit sur pilotis, m'a profondément marquée. J'y ai découvert une réalité difficile, entre l'activité liée à l'or, une grande précarité et un sentiment d'insécurité. Cette visite a été l'un des moments les plus déroutants de mon voyage.

La Guyane m'a appris qu'un territoire ne peut jamais se résumer à ce que l'on voit en arrivant. Derrière la beauté spectaculaire de l'Amazonie se cachent des réalités humaines, sociales et politiques complexes.

 

Plus les jours passaient, plus je comprenais que ce voyage ne me donnerait pas des réponses, mais de nombreuses questions.

Un singe retenue par des locaux pour le rendre docile. La famille avait décidé de l'affamer pour qu'en le libérant  il reste avec eux..

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La Guyane est sans doute le voyage qui m'a le plus bouleversée. Bien plus qu'un chantier, elle a été une véritable remise en question de ma vision du monde, de l'humanitaire et de la place que nous occupons lorsque nous souhaitons aider.

 

Je garde avant tout le souvenir de l'Amazonie. Passer une nuit au cœur de cette forêt, découvrir les plantes comestibles grâce à un habitant, partager un repas de poissons fraîchement pêchés, observer la pluie tropicale tomber sur la canopée… autant de moments qui m'ont fait ressentir toute la puissance et la beauté de cet environnement unique.

 

 

Elle m'appris qu'un territoire ne se résume jamais à ce que l'on imagine avant d'y mettre

les pieds.

Derrière chaque paysage se cachent des histoires, des réalités et des questions qui demandent du temps pour être comprises.

Je suis repartie avec bien plus que des souvenirs : une profonde admiration pour l'Amazonie, de nombreuses interrogations et l'envie de continuer à découvrir le monde avec toujours plus d'humilité.

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