Rituel carnet pour me réguler
Mon carnet de croquis, mon compagnon de route
Il y a un objet qui ne quitte jamais mon sac, peu importe où je vais : mon carnet. Froissé, taché d'encre, un peu gondolé sur les bords — c'est probablement l'objet le plus abîmé et le plus précieux que je possède.
Pourquoi je dessine en voyage
Je ne dessine pas pour produire de belles images. Je dessine pour ralentir. Quand j'arrive quelque part, il y a toujours ce moment où je m'assois — sur un trottoir, à la terrasse d'un café, sur une nappe à carreaux en plein pique-nique — et où je sors un feutre fin. C'est ma façon à moi de vraiment voir un lieu, au lieu de simplement le traverser.
Mon trait est spontané, un peu brut, à l'encre plutôt qu'au crayon — pas de gomme, pas de retour en arrière. Une devanture de magasin croisée en marchant, un pont qui se dessine au loin, une tasse de café encore fumante : je capture ce qui est devant moi, tel quel, avec ses imperfections. Et j'aime toujours glisser quelques mots à côté du dessin — une date, un lieu, une phrase qui me passait par la tête ce jour-là. Le croquis seul ne suffit pas ; c'est l'annotation qui referme le souvenir.
Je suis quelqu'un de sensible, et le croquis est devenu un rituel autant qu'une pratique artistique. Là où une photo capture un instant en une fraction de seconde, le dessin m'oblige à rester : à observer la lumière qui change, les gens qui passent, les détails qu'on ne remarque qu'en prenant le temps de les regarder deux fois. C'est dans cette lenteur que je me sens le plus ancrée, même à des milliers de kilomètres de chez moi.
Ce qu'il y a dans ma trousse de croquis
Mon matériel est resté simple, et c'est voulu. Quelques feutres fins pour le trait, mes posca pour les touches plus graphiques, un peu d'aquarelle quand j'ai le temps de m'installer, et bien sûr le carnet lui-même — celui qui absorbe tout : les scènes de rue, les visages croisés, les fragments de conversations griffonnés dans les marges. Et parfois, je dessine sur ce que j'ai sous la main quand le carnet n'est pas à portée : un sac en papier kraft, un coin de nappe, n'importe quel support fait l'affaire tant que l'envie est là.
Je n'emporte jamais grand-chose de plus. Pas besoin. Ce que j'ai appris avec le temps, c'est que les contraintes nourrissent la créativité — quelques feutres, un trait qui ne pardonne pas, et il faut faire avec. C'est aussi plus léger à porter, ce qui n'est pas rien quand on vit avec un sac sur le dos.
Un carnet, mille souvenirs
Ce qui me touche le plus, en feuilletant mes carnets après coup, ce n'est pas la qualité des dessins — certains sont franchement ratés, d'autres à peine esquissés. C'est tout ce qu'ils racontent en creux : l'endroit exact où j'étais assise, la personne qui s'est arrêtée pour regarder par-dessus mon épaule, la chaleur ou le froid de ce jour-là. Une photo me montre à quoi ressemblait un lieu. Un croquis me rappelle ce que j'y ai ressenti.
Avec le temps, ces carnets sont devenus une sorte de journal parallèle à mes deux années de voyage. Chaque page a sa date, parfois son lieu, notés à la main juste à côté du dessin — une manière de me repérer dans le temps sans avoir besoin d'ouvrir une application. Un nouveau carnet commencé, c'est presque un rituel en soi : la première page, le premier trait, la date du jour inscrite fièrement en haut.
Une pratique qui continue de m'ancrer
Aujourd'hui encore, où que j'atterrisse, sortir mon carnet reste l'un de mes premiers réflexes. C'est devenu indissociable de ma façon de voyager, presque autant que ma trousse de rituel ou mon matériel de tatouage. Une manière de créer du lien avec chaque endroit, une page à la fois — et de garder une trace de moi-même, dessinée à la main, dans ce mouvement perpétuel qu'est ma vie de nomade.


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